La vie sociopolitique, la mal gouvernance, le mauvais traitement des populations, et surtout le manque d’emploi en Afrique, précisément en Guinée, sont des facteurs majeurs de l’immigration de la couche juvénile.

Traverser la mer pour rejoindre l’Occident dans l’espoir d’avoir une vie meilleure reste dangereux. Mais la plupart des jeunes préfèrent cela aujourd’hui que de subir les conditions de vie déplorable dans leur pays.

Des milliers de jeunes africains ont traversé, mais d’autres par contre n’ont pas pu. Oumar Bah est un jeune qui voulait aussi rejoindre l’Occident, et la chance ne lui a pas souri : «J’ai tout essayé pour aller en Occident, mais je n’ai pas pu. Quand je suis allé en Libye,  j’ai vu comment les embarcations se font, j’ai eu peur, malgré tout le calvaire sur le chemin. Quand je quittais la Guinée avec tout ce que vous savez comme risques d’enlèvement en cours de route ou encore fuir les contrôles pour éviter d’être rapatrié, j’ai finalement décidé de rester et chercher à me débrouiller. C’est en ce moment  que je suis allé en Egypte. Arrivé là-bas, j’ai vite cherché où travailler parce qu’il fallait avoir un peu de sous pour pouvoir rentrer au pays, ensuite j’ai bossé pendant 3 ans et puis je suis rentré pour prendre un nouveau départ. Depuis lors, connaissant tout ce que j’ai enduré  étant étranger, je me suis installé en Guinée. J’ai même épousé une femme avec qui je vis et j’ai deux enfants. Donc moi je remercie Dieu de m’avoir guidé.»

Malgré les risques de l’immigration, certains jeunes sont  soutenus et encouragés par les familles. Pour Mme Bah Kadiatou, envoyer son enfant à l’étranger c’est l’aider à avoir une vie meilleure : «Envoyer nos enfants en Europe ou aux USA, ce n’est pas pour envahir les Blancs mais plutôt pour que nos enfants quittent l’enfer qu’on vit dans ce pays qui n’a aucune considération pour son peuple. Tu vas avoir un enfant ici, tu l’élèves. Il grandit, il finit ses études et tu continues à le soutenir et si tu fais erreur de lui donner une femme tu prendras en charge celle-ci aussi parce que tout simplement ton fils n’a pas d’emploi  où il peut gagner de quoi se prendre en charge. Vous pensez que les parents aiment cette distance qu’il y a entre nos enfants et nous ? Non. Moi par exemple je voudrais  vivre avec mes enfants en Guinée, pouvoir les fréquenter et les voir quand je veux. Mais en Guinée ce n’est pas possible avec ces dirigeants qui n’ont aucune pitié pour leur population. Tout va de mal en pire dans ce pays. Alors quand ça ne va pas dans un pays les jeunes vont sortir, bien entendu, pour espérer trouver une vie meilleure. »

Pour sa part, Mamadou Soumah pense que les jeunes traversent la vie plutôt que de vivre une vie normale : « Vous savez pourquoi on ne vit pas ici ? C’est parce que pour trouver un boulot fixe dans ce pays, il faut soit appartenir à une famille riche, avoir des relations ou pire être proche du clan présidentiel. Et comme tout le monde ne peut pas avoir cette chance, nous pauvres citoyens, on reste dans la misère. Alors pourquoi, si tu gagnes une opportunité de quitter le pays, tu ne le ferais pas ? Je crois que je préfère aller et traverser la mer au lieu de rester à demander 10.000 gnf chaque jour à des personnes qui finiront par se lasser un jour, sinon aucune personne ne voudrait être loin de ses proches, surtout quand tu as tes parents qui vieillissent et qui peuvent quitter cette vie  à tout moment. »

Encourager les jeunes en créant toutes les conditions nécessaires, c’est-à-dire plus d’emplois, une bonne gouvernance entre autres, serait la meilleure des choses pour lutter contre ce fléau qui, de nos jours, est devenu la seule alternative pour bon nombre de la population guinéenne.

Hadja Mariama Diallo pour loura.info