Sous une chaleur intense et une émotion palpable, le petit village de Bagafèa a changé de visage ce vendredi 3 avril 2026. Des foules venues de tous horizons ont convergé vers cette localité reculée pour accompagner à sa dernière demeure l’un de ses fils les plus controversés : Aboubacar Sidiki Diakité, plus connu sous le nom de Toumba.
Dès les premières heures de la matinée, les routes menant à Bagafèa étaient envahies. Parents, amis, curieux, anciens compagnons d’armes, mais aussi simples citoyens ont répondu présents. Certains sont venus du Wassolon, d’autres de Conakry, où l’ancien officier a rendu son dernier souffle le 25 mars 2026, à l’âge de 57 ans.
Sur place, l’atmosphère était partagée entre recueillement et ferveur. Les femmes laissaient éclater leur douleur à travers des lamentations, tandis que les hommes, souvent silencieux, formaient de petits groupes, évoquant à voix basse le parcours complexe de celui qu’ils étaient venus enterrer.
Car Toumba Diakité n’était pas un homme ordinaire. Officier et médecin militaire formé à l’Université Gamal-Abdel-Nasser de Conakry, il a marqué l’histoire récente de la Guinée, notamment en tant qu’ancien aide de camp du président Moussa Dadis Camara entre 2008 et 2009. Un destin brutalement bouleversé après les événements qui ont conduit à sa chute, puis à sa longue détention à la Maison centrale de Conakry.
Condamné en 2024 à dix ans de prison pour crimes contre l’humanité, il avait néanmoins tenté un retour sur la scène politique en fondant son parti, le PDC. Une ambition interrompue par la mort, survenue dans un contexte où son nom continuait de susciter débats et passions.
À Bagafèa, cependant, l’heure n’était plus au jugement, mais à l’adieu. Après la grande prière de 14 heures, le corps a été conduit au cimetière familial. Dans un silence pesant, ponctué de prières, Toumba a été inhumé sur la terre de ses ancêtres.
« Aujourd’hui, ce n’est pas l’homme politique que nous enterrons, mais un fils du village », confie un notable, la voix chargée d’émotion.
Ce dernier voyage, de Conakry à Mandiana, aura mobilisé bien au-delà du cercle familial.
Comme un symbole, il rappelle à quel point la trajectoire de Toumba Diakité reste ancrée dans la mémoire collective guinéenne, entre zones d’ombre et souvenirs d’un passé encore sensible.
À Bagafèa, la vie reprendra. Mais ce vendredi restera gravé comme le jour où tout un village s’est arrêté pour dire adieu à l’un des siens.






