Devant les locaux de la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF), l’atmosphère était encore chargée, ce jeudi 3 avril 2026, quelques minutes après la fin de l’audience. Avocats, proches et observateurs quittaient progressivement les lieux, tandis que les discussions se poursuivaient à voix basse.
C’est dans ce contexte que les avocats de l’Agence judiciaire de l’État se sont présentés face à la presse. Le ton se voulait calme, mais la position affichée était ferme. « Nous sortons de cette salle satisfaits », a déclaré Me Pépé Antoine Lamah, visiblement confiant quant à l’issue du dossier.
Selon la partie civile, les débats devant la chambre des appels ont permis de consolider les accusations portées contre l’ancien Premier ministre, Ibrahima Kassory Fofana. Trois chefs d’inculpation restent au cœur de l’affaire : le détournement de deniers publics, l’enrichissement illicite et le blanchiment de capitaux.
Au fil de sa déclaration, l’avocat est revenu sur ce qu’il considère comme des éléments déterminants. Il a notamment évoqué la gestion de fonds publics, estimant que l’ancien chef du gouvernement avait autorité sur les structures impliquées. « Il a donné des instructions pour la sortie des fonds », a-t-il affirmé, pointant des dépenses jugées injustifiées.
Sur la question de l’enrichissement illicite, la partie civile insiste sur les incohérences relevées dans les déclarations de patrimoine. Des biens identifiés lors de l’enquête en 2022 n’apparaîtraient pas dans la déclaration faite en 2018, une situation que les avocats jugent difficile à expliquer.
Les justifications avancées par la défense peinent également à convaincre. Les revenus issus d’activités de consultation, évoqués pour expliquer certains montants, ne seraient appuyés par aucun document, selon la partie civile. Ni contrats, ni factures, ni traces bancaires n’auraient été présentés au cours de la procédure.
Autre point soulevé : un supposé don d’un million de dollars attribué à Abdoulaye Wade, ancien président sénégalais. Là encore, les avocats de l’État expriment leurs doutes, évoquant l’absence de traces dans les relevés bancaires et s’interrogeant sur le fait que ces fonds auraient été versés sur un compte personnel.
Dans leur argumentaire, ils s’appuient également sur un rapport de l’Inspection générale d’État, établi en mars 2021, bien avant les bouleversements politiques de septembre de la même année. Un document qu’ils qualifient d’« accablant » et qu’ils considèrent comme une pièce clé du dossier.
Au-delà de la confirmation du jugement initial, la partie civile demande à la cour d’aller plus loin, en condamnant Ibrahima Kassory Fofana à verser 20 milliards de francs guinéens pour appels abusifs.
L’attention reste désormais tournée vers la décision à venir. Pour les avocats de l’État, le cap est clair : « Nous avons plaidé le droit », affirment-ils, convaincus que les éléments du dossier joueront en leur faveur.
Reste à la cour de trancher dans une affaire qui continue de susciter un vif intérêt au sein de l’opinion publique guinéenne.
